Le glacier se meurt
Le glacier de l'Aneto — le plus grand d'Espagne, et la traversée obligatoire de la voie normale du point culminant des Pyrénées — s'est réduit à 30 hectares. Il a perdu 3,6 hectares sur la seule année hydrologique 2024-25, la troisième pire perte jamais enregistrée. L'épaisseur moyenne de glace restante à l'automne 2022 était de 11,9 mètres. Entre 2020 et 2023, le glacier a perdu de la glace au rythme de -2,6 mètres par an — trois fois le rythme de la décennie précédente. Les scientifiques projettent une disparition complète d'ici les années 2030. Source : Springer, 2024 ; The Cryosphere, 2023 ; DrivingEco, 2025.
Ce n'est pas une statistique climatique abstraite. Cela change l'itinéraire d'ascension. La glace est plus dure — la FAM (Federación Aragonesa de Montañismo) a émis des avertissements formels sur des « hielos muy duros » où les pointes des crampons pénètrent à peine d'un millimètre. Le glacier s'est fracturé, ouvrant de nouvelles crevasses à des emplacements qui ne figurent sur aucune carte existante. Les chutes de pierres dues au dégel du permafrost le long des marges du glacier augmentent. Le 15 septembre 2025, le GREIM (secours en montagne de la Guardia Civil) a mené 8 secours en moins de 24 heures sur le glacier de l'Aneto : polytraumatisme, plaies, fractures de la cheville, et une chute de pierres survenue pendant l'une des évacuations. Source : lugaresdeaventura.com, 2025.
Le GREIM recommande désormais formellement d'éviter l'approche traditionnelle du glacier par le Portillón Superior et d'utiliser l'itinéraire alternatif par l'ibón de Salterillo. Source : elcruzado.es.
Tout guide qui décrit le glacier de l'Aneto comme une simple traversée de neige exigeant des « crampons basiques » décrit un glacier qui n'existe plus.
La montagne maudite
Les bergers du cru ne l'ont jamais appelée « Aneto ». Ils nommaient le sommet « Malheta » ou « Malahita ». Les cartographes français, entendant mal la prononciation aragonaise, n'ont transcrit que les syllabes accentuées en « Netou », produisant les variantes « Nelto », « Nettou » et « Aréthon ». Les travaux hydrologiques du cartographe Émile Belloc, à la fin du XIXe siècle, ont finalement imposé « Aneto » comme toponyme officiel vers 1898. Source : Wikipedia, "Aneto".
Avant 1817, la montagne n'était même pas reconnue comme le point culminant de la chaîne. Cette année-là, Friedrich von Parrot gravit la Maladeta voisine et comprit que le pic derrière elle était plus haut. Des chutes mortelles en crevasse sur le glacier — notamment la mort d'un guide nommé Luchon Barrau — donnèrent à la montagne une réputation de « maudite » auprès de la population locale. Bergers et habitants des vallées la tenaient pour porte-malheur. Le sommet où les touristes font aujourd'hui la queue était, pour ceux qui vivaient à son pied, un lieu à éviter.
La première ascension eut lieu le 20 juillet 1842, menée par Platon de Tchihatcheff, un officier russe. Sa cordée comprenait les guides Pierre Sanio de Luz, Bernard Arrazau et Pierre Redonnet, ainsi que le botaniste Albert de Franqueville et son guide Jean Sors. Ils traversèrent le glacier et franchirent une arête étroite baptisée par la suite « pont de Mahomet » — Pont de Mahomet en français, Paso de Mahoma en espagnol. L'origine du nom est incertaine ; une théorie la rattache à la légende islamique d'un pont vers le paradis, fin comme le fil d'une épée. Source : Wikipedia, "Aneto" ; Wikipedia, "Pyrénéisme".
La première hivernale suivit le 1er mars 1878, par Roger de Monts. La première à ski date du 4 avril 1904, par Louis Robach et Louis Falisse.
L'ascension de Tchihatcheff appartient à la grande tradition du pyrénéisme — une philosophie de la montagne distincte de l'alpinisme, qui exigeait de ses pratiquants d'ascensionner, d'écrire et de sentir à la fois. Le terme fut forgé en 1898 par Henri Beraldi dans les sept volumes de Cent ans aux Pyrénées. Là où l'alpinisme privilégiait de plus en plus la conquête technique et la difficulté des voies, le pyrénéisme insistait sur l'engagement intellectuel : géologie, botanique, cartographie et ethnographie en plus de l'ascension. Tchihatcheff était géologue. Franqueville était botaniste. Ils ne se contentaient pas de faire un sommet. Ils documentaient.
La voie normale : de La Besurta au sommet par la Renclusa
La voie normale est cotée PD (peu difficile) — de l'alpinisme, pas de la randonnée. La distinction compte. Ce n'est pas un sentier avec un passage dur. C'est une traversée de glacier avec risque de crevasses, suivie d'une escalade facile (I-II) et exposée sur une arête aérienne. Source : barrabes.com.
Les chiffres
| Donnée | Valeur |
|---|---|
| Distance | 16-22 km aller-retour (selon la variante) |
| Dénivelé positif | 1 500-1 800 m depuis La Besurta |
| Horaire total | 9-12 heures |
| Altitude de départ | 1 900 m (La Besurta) |
| Altitude du sommet | 3 404 m |
| Cotation | PD ; escalade I-II au pont de Mahomet ; progression glaciaire |
Le déroulé, tronçon par tronçon
De La Besurta (1 900 m) au refuge de la Renclusa (2 140 m) : 50 minutes. Sentier bien balisé, aucune difficulté. La plupart des cordées dorment à la Renclusa et partent aux premières lueurs.
De la Renclusa au Portillón Inferior (2 736 m) : 1 h 45. Le sentier se redresse progressivement dans le terrain de la face nord du massif de la Maladeta. Des cairns balisent le chemin.
Du Portillón Inferior au Portillón Superior (2 895 m) : 30 minutes. L'itinéraire gagne la crête et bascule dans le bassin glaciaire. C'est la transition de la randonnée à l'alpinisme. Note : le GREIM recommande formellement d'éviter l'approche par le Portillón Superior et de passer par la variante de l'ibón de Salterillo, en raison de la dégradation du glacier et des chutes de pierres. Vérifiez les conditions du moment auprès des gardiens de la Renclusa avant de vous engager sur l'une ou l'autre approche. Source : elcruzado.es.
Traversée du glacier jusqu'à l'antécime : ~1 h 45. C'est le crux de l'itinéraire. Le glacier se traverse encordé, crampons aux pieds et piolet en main. Les crevasses sont présentes et leurs positions changent chaque année à mesure que le glacier s'amincit et se fragmente. Encordez-vous. Ne traversez pas sans corde.
Du pont de Mahomet au sommet : 20 minutes. Voir plus bas.
Descente : 3 h 40 à 4 heures. Le glacier se traverse une seconde fois. Le ramollissement de l'après-midi peut modifier nettement les conditions de glace par rapport au passage du matin.
Premier bus
Des bus relient Benasque à La Besurta. Premier départ à 4 h 30 de Benasque ou 5 h 00 du Vado del Hospital (approche par la face nord). Rater le premier bus rend un aller-retour sûr extrêmement difficile — chaque heure de jour compte. Source : barrabes.com.
Le pont de Mahomet
Le Puente de Mahoma est une arête exposée de 35 mètres entre l'antécime et le sommet véritable. Cotation I-II. Les prises sont bonnes. L'exposition est extrême — plusieurs centaines de mètres de vide de part et d'autre.
Le descriptif de Barrabes le dit sans détour : « de très bonnes prises, mais une forte exposition ». Les 7-8 derniers mètres peuvent être évités sans grande conséquence — la plupart des cordées ne perçoivent pas la différence entre la fin de la traversée et le sommet lui-même. Source : barrabes.com.
Le problème du pont de Mahomet n'est pas la difficulté technique. C'est la file d'attente. En haute saison, l'attente dépasse une heure. Vous êtes debout sur une arête exposée à 3 400 mètres, dans le vent, à attendre que les cordées devant vous franchissent un passage qui doit se traverser dans les deux sens sur le même fil. Il n'y a pas d'échappatoire, sinon faire demi-tour. Source : lugaresdeaventura.com.
Partir tôt n'est pas qu'une question de sécurité. C'est arriver au pont de Mahomet avant que la foule ne s'accumule.
Équipement — ce qui est obligatoire
Les exigences de matériel ont évolué avec la dégradation du glacier, et se tromper ici a des conséquences physiques directes.
Crampons d'alpinisme (10-12 pointes, pointes avant horizontales). Pas des crampons de randonnée. Pas des microspikes. Pas des Yaktrax. L'avertissement de la FAM est explicite : la glace actuelle du glacier peut être « extrêmement dure » — les pointes pénètrent à peine. Sur cette surface, les crampons de randonnée ne sont pas seulement insuffisants ; ils sont activement dangereux, parce qu'ils créent un faux sentiment de sécurité sur une glace qui ne les retiendra pas. Source : fam.es ; lugaresdeaventura.com.
Piolet. Pour l'arrêt en glissade sur le glacier et l'équilibre sur glace dure. Un bâton de randonnée n'en tient pas lieu.
Casque. Chutes de pierres liées au dégel du permafrost sur les marges du glacier. La journée à secours multiples de septembre 2025 a compté une chute de pierres pendant une évacuation en cours.
Baudrier et corde pour la progression glaciaire. Le glacier a des crevasses. Leurs positions changent à mesure qu'il se fragmente. Progresser non encordé sur ce glacier, c'est jouer à la roulette russe avec un barillet qui rétrécit.
Chaussures compatibles avec la fixation des crampons. Chaussures d'alpinisme semi-rigides ou rigides avec débords avant et arrière. Des chaussures de randonnée souples ne retiendront pas un crampon sous charge.
Si vous ne possédez pas ce matériel, vous pouvez le louer. Si vous ne savez pas vous en servir — précisément : marcher en crampons sur glace dure, vous arrêter en glissade au piolet et exécuter un sauvetage en crevasse — il vous faut un guide.
Avec ou sans guide
Si vous avez l'expérience de la progression glaciaire, la maîtrise des crampons et le matériel, l'Aneto est un objectif raisonnable pour une cordée autonome de deux ou plus. Le glacier en solo non encordé est une imprudence, quelle que soit l'expérience.
Si l'expérience glaciaire vous manque, prenez un guide. Le sauvetage en crevasse est une procédure qui s'apprend. L'arrêt au piolet sur glace dure est une procédure qui s'apprend. La lecture du terrain glaciaire est une compétence qui s'acquiert. La montagne ne note pas à l'effort.
Tarifs des guides
Les guides de montagne basés dans la vallée de Benasque proposent l'ascension encadrée de l'Aneto. Les prix vont typiquement de ~80 à ~150 EUR par personne, selon la taille du groupe et selon que le guide fournit ou non le matériel. Les petits groupes paient plus par tête ; les groupes plus étoffés (4-6 clients) font baisser le coût par personne. La plupart des compagnies de guides incluent la location du matériel de glacier dans le prix. Vérifiez-le à la réservation — certaines facturent le matériel à part.
Le site Barrabes et les bureaux des guides de Benasque (comme la Compañía de Guías del Valle de Benasque) sont les canaux de réservation habituels.
Le refuge de la Renclusa
Le refuge de la Renclusa se dresse à 2 140 mètres sur le versant nord du massif de la Maladeta. C'est la base de la voie normale de l'Aneto. Construit en 1916 par le Centre Excursionista de Catalunya (le club excursionniste catalan), il relie le réseau des refuges pyrénéens au mouvement culturel catalan de la Renaixença — un détail qui compte, parce qu'il signifie que le refuge a été bâti par des gens qui voyaient dans la montagne un acte culturel et scientifique, pas seulement sportif. Source : Wikipedia, "Pyrénéisme".
Réservation
La Renclusa est gérée par la Federación Aragonesa de Montañismo (FAM). Elle fonctionne toute l'année. Les tarifs sont valables de janvier à décembre 2026. Réservation sur fam.es ou par téléphone. Les licenciés FAM/FEDME bénéficient de tarifs réduits.
En juillet et août, le refuge se remplit. Réservez au moins 2 à 3 mois à l'avance pour les week-ends de haute saison. La disponibilité en semaine est meilleure. Septembre offre le meilleur compromis entre disponibilité et météo stable.
Location de matériel au refuge
Buff Entre Refugios exploite un service de location de matériel à la Renclusa même. Vous pouvez retirer crampons, piolets et casques au refuge et les rendre après l'ascension. Cela évite de porter du matériel technique depuis Benasque, ou de louer en ville et de tout hisser sur le sentier d'approche. Source : buffentrerefugios.com.
Si vous arrivez en avion par Barcelone et rejoignez Benasque en transport public, ne pas avoir à transporter ni enregistrer crampons et piolet simplifie matériellement le voyage.
Alternative : dormir à Benasque et prendre le premier bus
Si le refuge est complet, dormez à Benasque et prenez le bus de 4 h 30 pour La Besurta. Cela ajoute ~50 minutes d'approche jusqu'à la bifurcation de la Renclusa. La contrepartie : vous partez plus tard que les cordées sorties du refuge aux premières lueurs. Sur une montagne où la file du pont de Mahomet est le facteur limitant, une heure de retard, c'est une heure d'attente au crux.
Benasque : le camp de base
Benasque (1 138 m) est le bourg-porte. Hôtels, auberges, appartements, campings, un supermarché bien fourni et deux magasins de montagne qui louent du matériel de glacier.
Magasins de matériel
| Magasin | Location | Remarques |
|---|---|---|
| All Radical Mountain | Oui — crampons, piolets, casques | Équipementier alpin complet depuis 1992. allradical.com |
| El Ribagorza | Oui — crampons, piolets | Location ski et montagne. elribagorza.es |
| Deportes Flap | Oui | À Castejón de Sos, à l'entrée de la vallée. Sports de montagne généralistes. |
Rejoindre Benasque
Depuis Barcelone (BCN) : bus quotidien sauf le dimanche via Barbastro, avec correspondance. Total 4-5 heures. ALSA exploite le tronçon de Barbastro. Le service du dimanche est médiocre — planifiez en conséquence ou louez une voiture. Source : benasque.org.
Depuis Toulouse (TLS) : ~2 h 30 de route par l'A64 et la D125 via Bagnères-de-Luchon, puis par la montagne jusqu'en Espagne. Pas de transport public praticable sur cet itinéraire.
Depuis Saragosse (ZAZ) : ~3 h 30 de route par l'A-2 et la N-260. L'aéroport de Saragosse a des liaisons internationales limitées (Ryanair, Vueling, Wizz Air vers 11 destinations). Source : flightsfrom.com/ZAZ.
Barcelone est la meilleure porte d'entrée internationale. Toulouse est la meilleure option si vous êtes déjà en France.
Fenêtres météo
La saison de l'Aneto court de fin juin à septembre. À l'intérieur de cette fenêtre, tous les mois ne se valent pas.
Fin juin à mi-juillet : les conditions les plus stables. La neige a fondu du sentier d'approche. Le glacier est à son plus ferme (pas encore ramolli par un été de journées chaudes). Les jours sont les plus longs. La fréquentation monte, mais n'est pas encore au pic. C'est la meilleure fenêtre.
Fin juillet à fin août : l'affluence maximale. Les fortes chaleurs de vallée (plus de 30 °C) déclenchent le dégel du permafrost au-dessus de 3 200 m, ce qui accroît les chutes de pierres et l'élargissement des crevasses. Les orages d'après-midi sont le danger pyrénéen signature — ciel clair le matin, bourgeonnement de cumulus dès midi, orages de 14 h à 17 h. Soyez hors du sommet et hors du glacier avant 13 h. Source : hikepyrenees.co.uk.
Du 1er au 25 septembre : la fenêtre négligée. La fréquentation chute de 60-70 %. Le risque d'orage d'après-midi diminue par rapport à août. Les températures sont confortables. La Renclusa et la plupart des services restent ouverts jusqu'au 20-30 septembre. Contrepartie : jours plus courts, matinées plus froides (3 °C à 2 500 m), neige précoce possible sur l'approche. La journée aux 8 secours du 15 septembre 2025 a été attribuée à un glacier dégradé par un été chaud — septembre n'élimine pas le risque glaciaire.
À partir d'octobre : les refuges ferment. Les conditions hivernales reviennent en altitude. Pas une fenêtre viable pour la plupart des cordées.
Secours
Le secours en montagne sur l'Aneto est assuré par le GREIM (Guardia Civil — Grupos de Rescate e Intervención en Montaña), avec des postes à Benasque et Boltaña. Deux hélicoptères sont disponibles — l'un basé en permanence à Huesca, le second stationné à Benasque pendant les mois d'été. Du personnel médical du service de santé aragonais est déployé avec les équipes de secours.
Le secours en Aragon est gratuit. Quelle que soit l'affiliation fédérale, quel que soit le statut d'assurance. Le service de secours en montagne du GREIM est financé sur fonds publics. « En Aragón, al contrario que en otras comunidades, en caso de precisar un rescate en montaña todo este despliegue de medios es un servicio gratuito para el rescatado o rescatada, esté federado/a o no. » Source : montanasegura.com.
C'est une différence majeure avec la France, où le secours héliporté est facturé au patient (1 500-5 000 EUR sans assurance), et avec les Dolomites, où une évacuation héliportée sans blessure coûte 90-120 EUR par minute de vol. L'Aneto est côté espagnol. Si vous chutez côté espagnol, le secours est gratuit. Si vous vous retrouvez à devoir être secouru côté français de la crête, il ne l'est pas.
Numéro d'urgence : 112 (numéro d'urgence européen universel, qui aboutit au SOS Aragón dans cette région) ou 062 (Guardia Civil en direct).
L'itinéraire que le GREIM vous recommande d'éviter
La voie normale traditionnelle accède au glacier par le Portillón Superior (2 895 m). C'est l'approche standard décrite dans tous les topos depuis des décennies.
Depuis 2025, le GREIM recommande formellement d'éviter cette approche. La raison : la dégradation du glacier a laissé la zone d'accès du Portillón Superior exposée aux chutes de pierres du permafrost en dégel, et la marge du glacier y présente désormais de larges crevasses qui n'existaient pas quand les topos ont été écrits. Source : elcruzado.es.
L'alternative recommandée passe par l'ibón de Salterillo, qui aborde le glacier sous un autre angle et évite le plus gros de la zone de chutes de pierres. Ce n'est pas encore répercuté dans le topo Cicerone (6e édition) ni dans la plupart des descriptifs en ligne. Renseignez-vous à la Renclusa sur les conditions du moment et l'approche recommandée avant votre journée de sommet.
Ce que vous gravissez réellement
L'Aneto, à 3 404 mètres, reste sous l'altitude où la plupart des randonneurs non acclimatés rencontrent de vrais problèmes. Comparez avec le mont Blanc à 4 808 m ou le Kilimandjaro à 5 895 m. Sur l'Aneto, l'altitude ne sera probablement pas votre facteur limitant. Le glacier et le pont de Mahomet, si.
La contrepartie, c'est que le glacier se meurt. D'ici une décennie, la traversée glaciaire obligatoire pourrait ne plus exister. Le pont de Mahomet sera toujours là — le rocher ne fond pas à 3 400 m — mais le caractère de l'itinéraire changera fondamentalement. Ce qui est aujourd'hui une course glaciaire deviendra une remontée de moraine et de rocher instable là où il y avait de la glace.
Si vous voulez gravir le toit des Pyrénées avec un glacier sous les crampons, la fenêtre se mesure en années, pas en décennies.
Ce qui a changé récemment
- « Des crampons basiques et un piolet suffisent. » Correction : les crampons de randonnée et les microspikes sont explicitement signalés comme dangereux sur la surface actuelle du glacier. Crampons d'alpinisme complets (10-12 pointes) plus piolet, casque, baudrier et corde pour le sauvetage en crevasse sont le standard minimum. Source : fam.es.
- « La voie normale passe par le Portillón Superior. » Correction : le GREIM recommande désormais la variante par l'ibón de Salterillo en raison des risques de chutes de pierres et de crevasses. La 6e édition du Cicerone ne reflète pas ce changement. Source : elcruzado.es.
- « L'Aneto est une longue randonnée. » Correction : la course est cotée PD — de l'alpinisme. La traversée du glacier et le pont de Mahomet ne sont pas du terrain de randonnée. Traiter cette course comme une randonnée, c'est ainsi qu'est arrivée la journée à secours multiples de septembre 2025.
- « On peut le faire en solo. » Correction : la progression glaciaire en solo non encordé comporte un risque de chute en crevasse avec une capacité d'auto-sauvetage nulle. Cordée minimale sur le glacier : deux personnes, encordées, avec les connaissances et le matériel de sauvetage en crevasse.
- « Août est le meilleur mois. » Correction : août cumule le risque maximal de chutes de pierres (dégel du permafrost), la pire affluence (files d'une heure au pont de Mahomet) et le régime d'orages d'après-midi le plus agressif. Fin juin ou septembre sont de meilleures fenêtres, pour la sécurité comme pour l'expérience.
Qu'en faire
- Réservez la Renclusa 2 à 3 mois à l'avance pour juillet-août. La semaine est plus facile. Septembre est le meilleur compromis entre disponibilité et conditions.
- Louez le matériel à la Renclusa via Buff Entre Refugios si vous arrivez en avion sans équipement technique. Retirez crampons, piolet et casque au refuge. Rendez-les après la descente.
- Prenez le bus de 4 h 30 à Benasque si vous ne dormez pas au refuge. Chaque heure compte — la file du pont de Mahomet grossit au fil de la matinée.
- Vérifiez l'approche glaciaire recommandée auprès des gardiens de la Renclusa la veille de votre tentative de sommet. L'itinéraire peut avoir changé depuis le dernier topo publié. Il peut changer d'une saison à l'autre.
- Portez un casque sur le glacier, pas seulement au pont de Mahomet. Les chutes de pierres depuis la moraine latérale sont le danger que la plupart des cordées sous-estiment.
- Soyez hors du sommet avant 13 h. Le régime d'orages d'après-midi pyrénéen est bien réel. Se faire prendre au-dessus de 3 000 m dans un orage électrique sur une arête exposée est une situation de survie.
- Si l'expérience glaciaire vous manque, prenez un guide. 80-150 EUR par personne. Le guide apporte la corde, la technique de sauvetage en crevasse et la connaissance de l'itinéraire du moment. Ce n'est pas de la vente forcée. C'est une décision de gestion du risque sur un itinéraire où 8 personnes ont été secourues en une seule journée.
Sources
- Barrabes — Aneto guide: Renclusa, Ballibierna, Mahoma Bridge
- FAM — Aviso importante sobre glaciar del Aneto
- GREIM route advisory — elcruzado.es
- Springer, 2024 — Pyrenean glacier decline
- The Cryosphere, 2023 — Pyrenean glacier monitoring
- DrivingEco — Aneto glacier fragmentation, 30 hectares
- Lugaresdeaventura — 8 rescues in 24 hours on Aneto glacier
- Lugaresdeaventura — overcrowding and recklessness on Aneto
- Buff Entre Refugios — crampon and axe rental at Renclusa
- FAM — Refugio de la Renclusa
- Montaña Segura — rescue in Aragón is free
- Wikipedia — Aneto
- Wikipedia — Pyrénéisme
- Hike Pyrenees — weather forecast
- Benasque.org — public transport